Tu as sous les yeux un paragraphe qui formule ton idée mieux que tu ne saurais le faire. Si tu le reprends mot pour mot, il te faut des guillemets. Si tu le reformules, beaucoup pensent que le problème est réglé.
Bien citer, cela veut dire indiquer pour chaque idée empruntée d'où elle vient, avec assez de précision pour qu'une autre personne retrouve le passage. Le texte repris mot pour mot va entre guillemets, le contenu reformulé va dans tes propres phrases, et les deux portent une référence avec auteur, année et page. En France, le mot « plagiat » n'existe pas dans le code pénal, ce qui change la façon dont les sanctions tombent.
📌 L'essentiel en bref
- Le plagiat est une reprise sans indication de source.
- Reformuler sans référence reste un plagiat.
- Le droit français parle de contrefaçon, pas de plagiat.
- Depuis 2023, tout docteur prête serment d'intégrité scientifique.
- La consigne de ton département prime sur toute règle générale.
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Pourquoi citer est obligatoire et ce que le plagiat recouvre
Citer n'est pas une formalité. C'est la condition qui rend ton travail vérifiable : celui qui lit une affirmation doit pouvoir aller consulter ce sur quoi elle repose. Quand la référence manque, l'idée empruntée passe pour la tienne, et c'est exactement cette confusion qui transforme la reprise en plagiat.
L'Office français de l'intégrité scientifique, rattaché au Hcéres, range le plagiat parmi les manquements liés à la publication et à l'autorat. La page de l'Ofis sur l'intégrité scientifique cite dans la même liste l'auto-plagiat, la signature abusive et les citations abusives ou biaisées, et rappelle que les manquements les plus graves peuvent entraîner des sanctions disciplinaires, voire pénales.
Pourquoi reformuler ne remplace pas une référence
La liste de l'Ofis vise des pratiques, pas des formulations. Cela règle le malentendu le plus répandu à propos des citations : reprendre une idée en la mettant dans tes mots sans indiquer la source revient au même que la recopier. Le texte a changé, l'idée derrière appartient toujours à quelqu'un d'autre. C'est pour cette raison que la paraphrase est traitée ici sur le même plan que la citation entre guillemets.
Le droit français punit la contrefaçon, pas le plagiat
Le code pénal français ne comporte aucune infraction nommée plagiat. La qualification juridique applicable est la contrefaçon, prévue par l'article L335-2 du code de la propriété intellectuelle, punie de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende. Cette voie suppose une action de l'auteur lésé et reste rare pour un mémoire d'étudiant.
Dans les faits, c'est la section disciplinaire de ton établissement qui traite les cas, selon un règlement intérieur propre à chaque université. La charte anti-plagiat de l'Université Paris Cité illustre bien ce fonctionnement à deux niveaux. Ce qui t'attend en cas de suspicion est décrit dans notre article sur la détection de plagiat dans un mémoire.
Citation directe : reprendre mot pour mot sans rien modifier
Une citation directe reproduit exactement un passage tiré d'une autre source, signalée par des guillemets et suivie d'une référence avec la page. L'orthographe, la ponctuation et les mises en valeur restent telles qu'elles figurent dans l'original, même lorsqu'elles sont vieillies ou fautives.
Cette exigence de fidélité explique pourquoi la citation directe s'emploie beaucoup plus rarement que les étudiants ne l'imaginent. Recopier un passage montre seulement que tu l'as trouvé, pas que tu l'as compris. La citation trouve sa place pour une définition, pour une formule particulièrement heureuse, et partout où tu analyses ensuite les termes exacts.
Tu peux intervenir à l'intérieur d'une citation, mais chaque intervention doit rester visible. Quatre conventions couvrent presque tout ce qui se présente dans un mémoire.
- Omission : trois points entre crochets, soit [...]. Certains guides anciens distinguent en plus un mot et plusieurs mots omis, ce qui ne se pratique plus.
- Ajout personnel : à placer entre crochets avec une mention, par exemple [précision de l'auteur].
- Erreur dans l'original : faire suivre le mot de [sic] pour montrer que la faute ne vient pas de toi.
- Mise en valeur personnelle : à signaler dans la référence, avec la formule « souligné par nous ».
À partir de quand une citation devient un bloc détaché
Les citations longues se composent en retrait, dans un bloc séparé, et perdent alors leurs guillemets. Le seuil dépend du style bibliographique, et les chiffres diffèrent nettement. L'American Psychological Association donne un nombre précis : selon les règles APA sur les citations, toute citation de 40 mots ou plus se compose en bloc, en retrait et sans guillemets.
L'usage français ne fixe aucun chiffre équivalent. La règle empirique la plus répandue consiste à détacher une citation à partir de trois lignes environ, sans qu'aucune autorité ne l'impose. Si le guide de ton département indique un autre seuil, il l'emporte. S'il ne dit rien, choisis un seuil et applique-le dans tout le mémoire.
💡 Astuce
Note la page au moment même où tu copies un passage, pas plus tard. Les citations sans numéro de page sont la première cause de ces feuilletages frénétiques dans les derniers jours avant le dépôt.
Citation indirecte : tes mots, mais toujours une référence
Une citation indirecte, appelée aussi paraphrase, restitue le contenu d'une source dans tes propres mots tout en portant une référence complète. Les guillemets disparaissent, l'indication de source non. La paraphrase est le cas normal dans un travail universitaire, la citation directe l'exception.
Une vraie paraphrase modifie la structure de la phrase et le vocabulaire, pas seulement quelques termes. Remplacer des mots par des synonymes en gardant la syntaxe de l'original produit une citation mal déguisée, pas une paraphrase. Les logiciels de similitude repèrent ces passages sans difficulté, et le jury les repère à la rupture de style.
Faut-il indiquer la page dans une paraphrase ?
Les styles ne s'accordent pas sur ce point, et le désaccord crée une vraie confusion. Le système auteur-date à la française attend en général la page, parce qu'elle renvoie à un passage précis. APA 7 la recommande sans l'imposer et la réserve aux ouvrages longs. Les systèmes à notes de bas de page la portent systématiquement.
| Style bibliographique | Référence pour une paraphrase | Numéro de page |
|---|---|---|
| Auteur-date, usage français | (Dupont, 2023, p. 45) | en général attendu |
| APA 7 | (Dupont, 2023) | recommandé, pas obligatoire |
| Notes de bas de page | note avec auteur, titre et page | systématique |
| Vancouver | appel de note numéroté | rarement utilisé |
État : septembre 2026, sous réserve de modifications.
Les verbes introducteurs font le travail des guillemets
Comme la paraphrase ne porte pas de guillemets, le lecteur a besoin d'un autre signal pour savoir qu'une position appartient à quelqu'un d'autre. Les verbes introducteurs remplissent ce rôle : « Dupont soutient », « Dupont constate », « Dupont suggère ». Le choix du verbe indique aussi le poids que tu accordes à la source, raison pour laquelle « affirme » et « démontre » ne sont pas interchangeables.
L'intérêt pratique apparaît sur les passages longs. Si un paragraphe s'ouvre par un verbe introducteur et se ferme par la référence, tout ce qui se trouve entre les deux est visiblement attribué. Sans cet encadrement, une référence placée en fin de paragraphe laisse les phrases précédentes passer pour ton analyse personnelle, ce qui correspond à l'erreur décrite plus bas.
Citation de seconde main : quand l'original reste inaccessible
Une citation de seconde main reprend un propos que tu n'as pas lu dans l'original mais trouvé cité dans un autre ouvrage. L'usage français la signale par la formule « cité par », qui nomme les deux sources dans une même référence. Tu cites deux travaux et tu n'en as lu qu'un.
Ce procédé n'est admis que si la source primaire est réellement hors d'atteinte : ouvrage épuisé, manuscrit non publié, ou texte dans une langue que tu ne lis pas. Hors d'atteinte ne signifie pas absent de la bibliothèque universitaire. Le prêt entre bibliothèques te coûte quelques jours et reste la voie normale.
Une citation de seconde main se présente ainsi dans les deux systèmes les plus courants. Les éléments restent les mêmes, seul l'ordre change.
- Auteur-date, dans le texte : (Lefèvre, 1998, cité par Dupont, 2023, p. 45)
- APA 7, dans le texte : (Lefèvre, 1998, cité dans Dupont, 2023)
La bibliographie ne porte que l'ouvrage que tu as réellement eu en main, donc Dupont dans les deux cas. Faire figurer les deux titres revient à revendiquer une lecture qui n'a pas eu lieu, et un membre du jury qui vérifie s'en apercevra.
⚠️ Attention
Une citation de seconde main hérite aussi des erreurs de la source intermédiaire. Dates fausses, propos raccourcis et phrases sorties de leur contexte passent sans contrôle dans ton travail. Quand ces citations s'accumulent dans un chapitre, le jury y lit le signe que la littérature de base n'a pas été lue.
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Quelles sources tu as le droit de citer
Avant la question du comment vient celle du quoi. Deux critères distincts en décident, et ils sont régulièrement confondus : une source doit être repérable et elle doit être scientifiquement recevable. Les deux conditions valent ensemble, pas l'une à la place de l'autre.
Une source est repérable si elle a été publiée et reste accessible à un tiers. C'est une pure question d'accès. Elle est recevable si son contenu répond aux exigences scientifiques, autrement dit s'il a été produit de façon transparente, évalué par des pairs ou par une rédaction, et s'il peut être attribué à une personne ou à une institution responsable.
Les sources qui remplissent les deux critères
- Articles de revues à comité de lecture, repérables par leur DOI.
- Monographies et ouvrages collectifs publiés par des éditeurs scientifiques.
- Statistiques officielles, par exemple celles de l'Insee.
- Thèses de doctorat déposées et signalées dans theses.fr.
Les sources qui échouent, et sur quel point exactement
- Les polycopiés de cours sont rarement accessibles au public et donc pas repérables.
- Les articles de Wikipédia sont repérables mais ne nomment aucun responsable, donc pas recevables.
- Les réponses d'un modèle de langage ne sont pas reproductibles et échouent dès le premier critère.
- La presse à sensation est repérable, mais pas recevable comme preuve d'un fait.
Le cas de la presse à sensation montre pourquoi la recevabilité ne se tranche pas dans l'absolu. Si tu écris sur la politique des retraites, tu n'y prends aucun chiffre. Si tu écris sur le traitement médiatique de la politique des retraites, ces articles sont précisément ce que tu cites, comme matériau et non comme preuve. Ce qui décide, c'est le rôle de la source dans ta démonstration.
Pour les sources en ligne s'ajoute la question de la stabilité, parce que les pages disparaissent et les adresses changent. Les éléments qui rendent une source web complète, et la façon de la protéger contre la disparition des liens, sont traités dans notre article sur les sources internet. Pour les ouvrages imprimés, la même logique figure dans notre article sur la citation des livres.
Quel style bibliographique choisir : quatre systèmes comparés
Un style bibliographique fixe l'endroit où se place la référence et l'ordre de ses éléments. Sur le fond, tous les styles demandent la même chose : auteur, année, titre et localisation. Ils diffèrent par la forme, pas par la substance, et c'est pourquoi ce choix pèse moins lourd qu'il n'en a l'air.
Les quatre systèmes courants dans les universités françaises se répartissent en deux familles. Les systèmes auteur-date placent une référence brève entre parenthèses dans le corps du texte. Les systèmes à notes la renvoient en bas de page et gardent le texte libre de parenthèses. Mélanger les deux dans un même travail est l'erreur de forme la plus fréquente.
| Style bibliographique | Référence dans le texte | Répandu en |
|---|---|---|
| Notes de bas de page | appel de note en bas de page | droit, histoire, lettres |
| Auteur-date, usage français | (Dupont, 2023, p. 45) | sciences économiques et sociales |
| APA 7 | (Dupont, 2023, p. 45) | psychologie, sciences de l'éducation |
| Vancouver | appel de note numéroté | médecine, sciences de la vie |
Aucun style n'est imposé au niveau national. La consigne de ton département ou de ton école doctorale passe en premier, même lorsqu'elle s'écarte de l'usage de la discipline ; à défaut de consigne, aligne-toi sur la littérature que tu lis déjà. La norme existante, NF ISO 690, a remplacé l'ancienne NF Z44-005 en 2010, mais elle est payante et loin d'être appliquée partout.
Un point de vocabulaire évite ici des erreurs pénibles. En France, le mot « thèse » désigne uniquement le travail de doctorat, tandis que le travail de fin de master s'appelle un mémoire. Les deux systèmes les plus utilisés hors de France sont présentés dans nos articles sur le style Harvard et sur la citation en notes de bas de page.
Le serment d'intégrité scientifique après la soutenance
Depuis janvier 2023, tout nouveau docteur prête en France un serment individuel d'intégrité scientifique à l'issue de sa soutenance. L'obligation a été introduite par l'arrêté du 26 août 2022, qui ajoute un article 19 bis à l'arrêté sur le doctorat et s'appuie sur l'article L. 612-7 du code de l'éducation. Peu de pays connaissent un dispositif équivalent.
Le serment engage la personne à respecter les principes et les exigences de l'intégrité scientifique dans la suite de sa carrière. Il n'ajoute pas de règle technique nouvelle sur les citations, mais il déplace la question : l'intégrité cesse d'être une obligation liée à un diplôme et devient un engagement personnel qui survit à la soutenance.
Pour un étudiant en master, la portée est indirecte mais réelle. Les écoles doctorales attendent des candidats qu'ils arrivent déjà formés à ces pratiques, et la plupart des universités françaises ont intégré un module d'intégrité scientifique dans leur formation doctorale. Un mémoire aux références approximatives se remarque au moment de la candidature.
Le point à retenir tient en une phrase. Les règles décrites dans cet article ne servent pas à passer un contrôle, elles décrivent une manière de travailler que le système universitaire français demande désormais de manière explicite et formalisée.
Les erreurs de citation les plus fréquentes
La plupart des remarques du jury ne viennent pas d'une méconnaissance des règles, mais des derniers jours avant le dépôt, quand les références sont ajoutées après coup au lieu d'être notées pendant la lecture. Quatre erreurs reviennent assez souvent pour justifier une relecture ciblée.
Chacune des quatre se vérifie en quelques minutes si tu la cherches délibérément. Une passe sur l'ensemble du texte est plus efficace qu'un examen chapitre par chapitre. La place de la citation dans le déroulé complet est décrite dans notre article sur le travail universitaire.
Une référence en fin de paragraphe censée couvrir tout le paragraphe
Une référence vaut pour la phrase où elle se trouve, pas rétroactivement pour tout ce qui précède. Résumer cinq phrases d'une source et ne placer qu'un appel après la cinquième laisse quatre phrases sans attribution. La solution propre consiste à ouvrir le passage par un verbe introducteur, du type « Dupont distingue trois approches », puis à placer la référence à la fin.
Deux styles bibliographiques dans un même mémoire
Faire cohabiter un système à notes et un système auteur-date est l'erreur de forme la plus courante dans les mémoires. Elle vient presque toujours de la réutilisation de travaux personnels rédigés lors de semestres différents. Choisis un système tôt et relis en priorité le chapitre écrit en premier.
La citation directe a été discrètement lissée
Une citation dans laquelle une terminaison a été ajustée, un mot ajouté ou une orthographe ancienne modernisée n'est plus une citation. Chaque modification appartient aux crochets. Si les crochets rendent la phrase illisible, c'est le signe qu'une paraphrase conviendrait mieux à cet endroit.
La source figure dans le texte mais pas dans la bibliographie
Toute source citée dans le texte figure aussi dans la bibliographie, et inversement rien n'y apparaît qui ne soit jamais mentionné. Les deux sautent aux yeux du jury qui parcourt la fin du document. Le moyen le plus rapide de trouver ces trous consiste à remonter la bibliographie depuis la fin en cherchant chaque entrée dans le texte.
Conclusion
Bien citer relève moins de la connaissance des règles que de la discipline pendant la lecture. Vérifie d'abord le style exigé par ton département, note auteur, année et page au moment où tu lis plutôt qu'après, et traite la paraphrase avec la même rigueur que la citation entre guillemets.
Ce que tu notes en lisant, tu n'auras pas à le chercher en écrivant. Presque toutes les erreurs de citation naissent après la lecture.
Pour aller plus loin
- Tu travailles en auteur-date ? Le style Harvard : règles et exemples
- Tu travailles en notes de bas de page ? La citation en notes expliquée
- Tu veux voir tout le processus ? La recherche empirique : définition et guide
Tu produis tes propres données au lieu de citer celles des autres ?
Les résultats de ta propre enquête ne se citent pas, ils constituent tes données et figurent dans la partie méthodologie. Avec empirio.ai, un outil de sondage en ligne venu d'Allemagne, tu crées gratuitement un questionnaire. La construction des questions est expliquée dans notre guide sur la création d'un questionnaire.
