Deux mémoires, la même enquête, les mêmes 180 réponses, deux notes très différentes. Rédiger un travail empirique échoue rarement sur les données, et souvent sur la manière dont elles sont mises par écrit.
La cause se loge presque toujours au même endroit : le constat et son interprétation se mélangent. Un travail empirique se rédige en construisant d’abord le cadre théorique et la problématique, en exposant ensuite dans un chapitre de méthodologie comment les données ont été recueillies et analysées, en présentant les résultats sans les juger, puis en les discutant et en nommant leurs limites. À la fin, tu as un plan détaillé et une liste de contrôle méthodologique à soumettre à ton directeur de mémoire.
📌 L’essentiel en bref
- L’arrêté de 2014 impose une initiation à la recherche en master.
- Le chapitre de résultats rapporte les faits, la discussion les interprète.
- Aucun plan type n’est imposé : IMRAD reste une option parmi d’autres.
- En annexe : ton questionnaire, pas les sorties brutes du logiciel.
- Selon la CNIL, l’université est en principe responsable de traitement.
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Ce qui distingue un travail empirique d’un travail théorique
Un travail empirique est un travail universitaire qui confronte sa problématique à des données au lieu d’y répondre par la seule lecture, et qui expose comment ces données ont été produites et selon quelles règles elles ont été analysées.
Empirique ne veut pas dire pour autant que tu dois lancer ta propre collecte : réanalyser un jeu de données existant relève du même exercice, à condition d’aller plus loin que l’analyse d’origine. En master, l’exercice a même une base réglementaire. L’arrêté du 22 janvier 2014 fixant le cadre national des formations prévoit à son article 16 que la formation « comprend obligatoirement une initiation à la recherche et, notamment, la rédaction d’un mémoire ou d’autres travaux d’études personnels ».
| Critère | Travail théorique | Travail empirique |
|---|---|---|
| Base de départ | études publiées et textes savants | données brutes, propres ou existantes |
| Chapitre de méthodologie | critères de sélection et stratégie de recherche | recueil, échantillon, procédure d’analyse |
| Chapitre de résultats | synthèse de la revue de littérature | constats tirés du corpus recueilli |
| Vérifiabilité | traçabilité de la sélection | reproductibilité du recueil |
Les deux formes se valent, elles répondent simplement à des questions différentes. Une question portant sur l’état d’un débat n’exige aucune collecte, une question portant sur le comportement d’un groupe précis en exige une. Si ton choix n’est pas encore fait, l’aperçu des principes de la recherche empirique aide à trancher.
Structure du travail empirique : un plan détaillé en exemple
La structure d’un travail empirique repose presque toujours sur la même bipartition : d’abord la partie théorique, qui définit les notions, ordonne la revue de littérature et débouche sur la problématique, puis la partie empirique, avec la méthodologie, les résultats et la discussion.
Aucun plan unique ne s’impose en France. Le guide du mémoire de master MEEF de l’INSPÉ de l’Université de Lorraine (2019) le dit sans détour : « Il n’existe pas un modèle type de mémoire de master MEEF. C’est l’objet de recherche et le contexte dans lequel il s’inscrit qui déterminent à la fois une méthodologie et une structuration de l’écrit. » L’ordre qui suit couvre le cas courant en sciences humaines et sociales.
- Introduction. Intérêt du sujet, objectif de connaissance, annonce du plan.
- Cadre théorique. Définir les notions et ordonner la revue de littérature.
- Problématique et hypothèses. Déduites de la théorie, jamais ajustées aux données.
- Méthodologie. Mode de recueil, instrument, échantillon, période, procédure d’analyse.
- Résultats. Les constats, rangés par hypothèse ou par sous-question, sans interprétation.
- Discussion. Mise en perspective avec la littérature, limites de ton étude.
- Conclusion et ouverture. Réponse à la problématique, questions laissées ouvertes.
- Bibliographie et annexes. Références, figures, instrument de recueil, corpus.
Le plan reste un modèle, pas une règle. Si ton sujet l’exige, tu peux découper autrement les résultats et la discussion, à condition d’en parler avant avec ton directeur de mémoire. Le parcours complet, du choix du sujet à l’enquête terminée, est décrit dans l’article sur la recherche empirique dans les travaux de fin d’études.
Le plan en deux parties vient du droit, pas du mémoire empirique
Le plan en deux parties appartient à un autre exercice, la dissertation juridique. Le cours de méthodologie de l’Université numérique juridique francophone rappelle qu’« en droit, le plan est généralement organisé en deux parties, deux sous-parties » et que « les arguments les plus forts » doivent tenir dans le I.B. et le II.A. Le même cours précise que « la conclusion n’est pas traditionnelle dans les exercices juridiques ». Transposer ce plan à un mémoire empirique coûte cher : la méthodologie et les résultats n’y trouvent aucune place.
IMRAD en français : Introduction, Méthodologie, Résultats, Analyses, Discussion
IMRAD n’est qu’un des plans admis, et sa version française réserve une surprise. Le guide 2019 de l’Université de Lorraine développe l’acronyme en « Introduction, Méthodologie, Résultats, Analyses, Discussion », avec « Analyses » là où la version anglaise place un simple « and ». Le même guide range ce plan parmi trois structurations possibles, et non comme la norme. Un mémoire français garde donc son chapitre théorique, contrairement à un article de revue.
Notre conseil de lecture
Van Campenhoudt, Luc, Marquet, Jacques et Quivy, Raymond (2022) : Manuel de recherche en sciences sociales. 6e édition, Armand Colin, 352 pages (fiche de l’éditeur). L’ouvrage déroule la recherche étape par étape, de la question de départ aux conclusions, et donne accès en ligne à des questionnaires à critiquer et à des corpus d’entretiens à analyser.
Le plan empirique avec cadre théorique, méthodologie, résultats et discussion n'est qu'un plan parmi d'autres. Quels sont les autres, dans quel ordre se succèdent les parties formelles et comment numéroter tes titres, tout cela figure dans l'article sur la structure d'un mémoire.
Le chapitre de méthodologie : ce qui doit y figurer sans lacune
Le chapitre de méthodologie remplit un seul objectif : une personne extérieure doit pouvoir refaire ton enquête sans avoir à te poser la moindre question. Tout ce qui sert à cela y entre, le reste non.
Le guide de l’Université de Lorraine formule la même exigence : « il faut donner au lecteur suffisamment d’informations pour qu’il puisse refaire l’étude s’il le souhaite ». L’erreur la plus fréquente n’est donc pas l’oubli, mais le mauvais genre de texte : beaucoup de mémoires expliquent ce qu’est une enquête en ligne sans jamais justifier pourquoi ce choix convenait à la problématique.
Ce qui entre dans le chapitre de méthodologie
- Le mode de recueil et la raison de ce choix.
- L’instrument de recueil et son origine, conçu par toi ou repris.
- L’opérationnalisation, autrement dit quelle question mesure quel concept.
- L’échantillon obtenu, le canal de recrutement et les dates de collecte.
- Le prétest, son nombre de participants et les modifications retenues.
- La procédure d’analyse et le logiciel utilisé.
- Le consentement, l’anonymisation et le sort réservé aux données.
- Les autorisations obtenues avant la collecte.
Le dernier point est le plus souvent oublié. Le guide de l’Université de Lorraine posait déjà en 2019 qu’« il est nécessaire d’obtenir l’accord des autorités académiques et des professionnels concernés pour toute démarche d’observation, de questionnaire et d’entretien dans un milieu professionnel », et que tout questionnaire auprès d’enfants suppose « l’accord de l’un, voire des deux parents ou tuteurs légaux ». La formulation exacte varie selon les établissements, et les décisions en amont sont classées dans l’article sur le plan de recherche.
💡 Conseil
Rédige le chapitre de méthodologie pendant la collecte, pas après. Le canal de recrutement, la date d’envoi et le nombre d’abandons se reconstituent mal quatre semaines plus tard, et l’évaluation porte précisément là-dessus.
Présenter les résultats sans déjà les interpréter
Le chapitre de résultats rapporte ce que tu as mesuré, pas ce que tu en penses. La séparation entre les deux est la fracture la plus visible dans les mémoires étudiants, et la plus simple à éviter.
Le guide du mémoire de l’Université de Lorraine trace la ligne en une phrase : « La présentation des résultats doit faire la distinction entre les faits et leurs interprétations. » Expliquer un coefficient reste permis, le juger ne l’est pas. Le même guide demande de mettre les résultats en valeur par des tableaux et des graphiques légendés, en indiquant la source.
La différence se voit mieux phrase par phrase.
| Phrase tirée d’un mémoire | Chapitre | Raison |
|---|---|---|
| « 62 des 180 répondants sont d’accord » | Résultats | simple fréquence |
| « La corrélation est faiblement positive » | Résultats | indicateur sans jugement |
| « Plus d’entraînement va avec des scores plus élevés » | Résultats | explique l’indicateur |
| « Ce constat rejoint ce qu’annonçait la théorie » | Discussion | renvoi à la revue de littérature |
| « La participation a été décevante » | Discussion | jugement porté sur le constat |
Deux ordres tiennent la route dans ce chapitre : hypothèse par hypothèse, ou sous-question par sous-question. Le choix t’appartient, le mélange des deux non. Le procédé qui convient à tes données est présenté dans l’article sur les méthodes d’analyse.
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La discussion : situer, comparer, nommer les limites
La discussion répond à la question de savoir ce que tes constats signifient et jusqu’où ils tiennent. Elle est le chapitre où les chiffres deviennent un énoncé, et le seul où le jugement est autorisé.
Quatre mouvements portent une bonne discussion, le plus souvent dans cet ordre. Les enchaîner l’un après l’autre évite les détours dans le chapitre le plus difficile du mémoire.
- Résumer. Les constats centraux en quelques phrases, sans répéter les tableaux.
- Relier. Ton résultat confirme, infirme ou nuance la revue de littérature.
- Limiter. Nommer les faiblesses de ton étude et peser leurs effets.
- Prolonger. La question que ton constat soulève et la suite possible.
Les limites décident souvent de l’impression que laisse le mémoire. Un échantillon petit et non tiré au sort n’est pas un défaut, tant que tu le nommes et que tu dis à quoi ta conclusion se limite. Les repères applicables figurent dans l’article sur les critères de qualité.
⚠️ Attention
Les limites ne sont pas un aveu de faiblesse, elles sont un signe de qualité. La faute n’est pas le petit échantillon, mais la phrase « les résultats sont représentatifs des étudiants en France » posée juste en dessous. Écris plutôt pour qui ton constat vaut et pour qui il ne vaut pas.
Ce qui entre en annexe et ce qui n’y entre pas
En annexe d’un travail empirique entre tout ce qui permet de juger ton enquête mais casserait la lecture du texte principal. L’instrument de recueil vient en premier, questionnaire ou guide d’entretien.
Aucune règle nationale ne fixe le contenu des annexes, et les consignes varient d’un établissement à l’autre. Le guide du mémoire de l’Université de Lorraine pose deux principes utiles : les corpus, « transcription d’entretien, listing de traitement, traces écrites d’élèves, manuels scolaires », figurent en annexe, et « s’ils sont trop volumineux, ils seront communiqués sur un support séparé ».
| Élément | En annexe | Ce dont cela dépend |
|---|---|---|
| Ton questionnaire | oui | sans lui, l’enquête reste invérifiable |
| Guide d’entretien | oui | même exigence côté qualitatif |
| Transcriptions d’entretien | oui | prévues par le guide de Lorraine |
| Autorisations écrites | oui | accords des établissements et des parents |
| Corpus volumineux | support séparé | clé USB, selon le guide de Lorraine |
| Sorties brutes du logiciel | non | à retravailler dans le chapitre de résultats |
| Table des annexes | oui | pagination indépendante, lettres A, B |
Les règles de forme comptent autant que le contenu. Le guide de l’Université de Lorraine demande que chaque annexe commence sur une nouvelle page et porte une lettre majuscule, que l’ensemble soit précédé d’une table des annexes, et que celles-ci restent « en nombre limité ». La bibliographie compte dans la pagination du mémoire, les annexes non : elles sont seulement numérotées. Une dernière prudence s’impose pour les tests publiés sous licence, dont la reproduction intégrale se heurte au droit d’auteur de l’éditeur : nomme l’échelle avec sa référence et vérifie la consigne de ton établissement.
Ce que deviennent tes données après le dépôt
Après le dépôt du mémoire vient une question que peu de guides traitent : faut-il conserver les données brutes ou les effacer ? En France, la décision ne t’appartient pas.
La CNIL range explicitement les travaux étudiants dans la recherche scientifique. Sa fiche « Recherche scientifique (hors santé) » du 6 janvier 2022 vise les collectes menées « dans le cadre de thèses de doctorat ou de mémoires de recherche », puis désigne le responsable : « le responsable du traitement mis en œuvre est l’organisme public ou privé au sein duquel il effectue sa recherche (université, entreprise privée, etc.) ». L’exception vise le chercheur qui agit exclusivement pour son propre compte, sans rattachement ni mandat.
- Un questionnaire papier ou une transcription d’entretien comptent déjà comme traitement.
- Des données réellement anonymisées sortent du RGPD, sans limite de durée.
- La durée de conservation se fixe avant la collecte, pas après.
Sur la durée, la fiche de la CNIL du 31 janvier 2022 pose le principe et son aménagement : la recherche autorise « des durées plus longues » sous réserve de mesures techniques et organisationnelles, mais « une fois l’objectif poursuivi par la recherche atteint, ces données doivent être supprimées ou anonymisées ».
Le décret n° 2021-1572 du 3 décembre 2021 charge par ailleurs les établissements de définir « une politique de conservation, de communication et de réutilisation des résultats bruts des travaux scientifiques » et de désigner un référent à l’intégrité scientifique.
La contradiction entre garder et effacer se dénoue presque toujours par l’anonymisation, dont les réglages sont décrits dans l’article sur la protection des données dans les sondages. L’interlocuteur compétent reste le délégué à la protection des données de ton établissement. Cet article ne remplace pas un conseil juridique.
Les erreurs fréquentes dans un travail empirique
Cinq erreurs reviennent dans les mémoires empiriques, et toutes les cinq sont des erreurs d’écriture, pas des erreurs de recherche. L’enquête était correcte, sa restitution ne l’était pas.
Bonne nouvelle au passage : les erreurs d’écriture se ramassent en une seule relecture, sans nouvelles données ni nouvelle bibliographie.
L’interprétation glisse dans le chapitre de résultats
L’erreur la plus courante naît d’une bonne intention : faciliter la lecture en donnant tout de suite le sens du constat. La discussion n’a plus rien à dire ensuite et se répète, si bien que les deux chapitres paraissent inachevés. Le test est simple : si une phrase des résultats contient un mot de jugement comme « décevant » ou « surprenant », elle appartient au chapitre suivant.
Le chapitre de méthodologie décrit la méthode au lieu de justifier le choix
Une définition de l’enquête en ligne figure dans tous les manuels et n’intéresse personne dans un mémoire. Le jury attend la justification : pourquoi ce mode de recueil convenait mieux à ta problématique qu’une solution que tu as envisagée. Une seule phrase suffit souvent, par exemple que des entretiens auraient donné plus de profondeur mais rendu le nombre de réponses visé inatteignable.
Les sorties brutes du logiciel atterrissent dans le texte
Les fenêtres de résultats d’un logiciel statistique sont conçues pour celui qui manipule, pas pour celui qui lit. Construis plutôt ton propre tableau, avec les seuls indicateurs qui concernent l’hypothèse traitée, légendé et sourcé. La sortie complète trouve sa place en annexe ou sur le support séparé remis avec le mémoire.
L’instrument de recueil manque en annexe
Sans le questionnaire ni le guide d’entretien, aucune affirmation du mémoire ne peut être vérifiée. L’oubli reste pourtant fréquent, le plus souvent parce que l’outil en ligne ne produit pas de version imprimable. Exporte donc ton questionnaire en PDF avant même l’envoi, avec la logique de filtrage et les options de réponse. Une enquête fermée ne se réouvre pas toujours.
Les limites se réduisent à des formules toutes faites
« L’échantillon était petit » n’est pas une limite, seulement une observation. Une limite nomme l’affirmation qui ne tient plus : avec 84 participants issus d’une seule formation, aucune comparaison entre filières n’est possible, alors qu’une tendance interne à cette formation reste descriptible. Cette distinction montre au jury que tu comprends ta propre méthode.
Conclusion
Un travail empirique ne gagne pas parce que ses données sont spectaculaires, mais parce que chaque décision y est documentée de façon vérifiable. Séparer proprement la méthodologie, le résultat et l’interprétation permet au jury de suivre ton cheminement sans effort.
Le jury ne cherche pas un résultat éclatant, il cherche une chaîne de décisions qu’il pourrait refaire. Un mémoire modeste mais transparent passe mieux qu’une enquête ambitieuse dont personne ne sait comment elle a été menée.
Dans le chapitre de résultats, tu rapportes ce qui s’est passé. Dans la discussion, tu dis ce que cela signifie. Cette frontière vaut la moitié de la note.
Pour aller plus loin
- Le questionnaire de ton enquête reste à construire ? Créer un questionnaire
- Les hypothèses te laissent hésiter ? Formuler une hypothèse
- Le déroulé complet, de l’idée à l’analyse ? Processus de recherche empirique
L’enquête de ton travail empirique reste à lancer ?
Avec empirio.ai, un outil de sondage en ligne allemand, tu construis ton questionnaire, tu collectes les réponses de façon anonyme et tu exportes à la fin le jeu de données pour les annexes de ton mémoire.
