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Formuler une hypothèse : méthode, exemples et critères

Une hypothèse n'en est une que si on peut la réfuter. Nous te montrons comment transformer ta question de recherche en énoncé testable, sur les modèles « si… alors » et « plus… plus ».

Autrice chez empirio.ai - Maria Malzewpar Maria MalzewMis à jour le 18 août 2026Temps de lecture 16 min

Deux phrases à comparer. Première version : « Les réseaux sociaux rendent seul. » Seconde version : « Plus les jeunes adultes passent de temps sur les réseaux sociaux, plus ils se déclarent seuls. »

Les deux phrases parlent de la même chose, mais seule la seconde se vérifie avec des données. Formuler une hypothèse, cela veut dire traduire ta question de recherche en une supposition argumentée sur la relation entre au moins deux variables, la rédiger sous la forme « si… alors » ou « plus… plus », puis vérifier qu’un résultat de mesure pourrait la contredire. La réfutabilité est justement ce qui la rend scientifique. À la fin de cet article, tu auras deux ou trois hypothèses défendables devant ta direction de mémoire.


📌 L’essentiel en bref

  • Une hypothèse relie au moins deux variables en une affirmation testable.
  • Deux formes dominent : « si… alors » et « plus… plus ».
  • Deux à trois hypothèses suffisent pour un mémoire de licence.
  • Un mémoire qualitatif se passe souvent d’hypothèses préalables.
  • Une hypothèse se soutient ou se rejette, jamais ne se prouve.

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Qu’est-ce qu’une hypothèse de recherche ?

Une hypothèse de recherche est une supposition argumentée sur la relation entre au moins deux variables, formulée de façon à pouvoir être vérifiée sur des données empiriques et, le cas échéant, contredite par elles.

Le tutoriel de méthodologie de l’Inspé de l’université Grenoble Alpes la définit comme « une réponse anticipée au problème de recherche, exprimant une relation entre deux ou plusieurs concepts » (version du 20 mai 2024). Le mot lui-même vient du grec : « hypóthesis » signifie supposition ou fondement.

Trois termes circulent dans les mémoires français et se confondent facilement. La thèse défend une position discutable, l’hypothèse annonce une relation mesurable, le postulat est ce que tu admets sans le vérifier.

TermeCe qu’il affirmeExemple
Thèseune position discutable et argumentéeLes réseaux sociaux transforment la vie sociale des jeunes
Hypothèseune relation entre deux variablesPlus l’usage augmente, plus le sentiment de solitude augmente
Postulatce que tu admets sans le vérifierLes répondants estiment correctement leur temps d’écran

La distinction pèse plus lourd qu’elle n’en a l’air le jour de la soutenance. Défendre une thèse, c’est argumenter ; tester une hypothèse, c’est collecter des données et calculer. Nous avons détaillé quel terme s’attend dans quelle discipline dans notre article sur la question de recherche, la thèse et l’hypothèse.

Une thèse se discute. Une hypothèse se mesure.

Problématique, question de recherche et hypothèse : comment elles s’enchaînent

La problématique, la question de recherche et l’hypothèse forment trois niveaux de précision croissante : la problématique pose l’écart à comprendre, la question de recherche le circonscrit, l’hypothèse annonce le résultat attendu.

Le tutoriel « Problématique et hypothèses de recherche » de l’Inspé de l’université Grenoble Alpes décrit la démarche classique comme descendante : on échafaude d’abord une problématique, puis des questions, et on termine par des hypothèses. La problématique y est définie comme l’écart entre une situation de départ insatisfaisante et une situation d’arrivée souhaitable, énoncé sous forme de question et portant sur une relation entre au moins deux variables.

Les allers-retours restent la règle. Le même tutoriel rappelle que la démarche réelle d’un chercheur est moins linéaire que le schéma, et qu’il faut souvent revenir sur la problématique une fois les hypothèses écrites.

NiveauCe qu’il produitExemple
Problématiqueune question sur un écart constatéL’usage intensif des réseaux sociaux pèse-t-il sur la solitude ?
Question de rechercheune question délimitée et mesurableLa durée d’usage quotidienne est-elle liée à la solitude déclarée ?
Hypothèseune prédiction orientée et testablePlus la durée quotidienne augmente, plus la solitude déclarée augmente

Une problématique mal cadrée produit mécaniquement des hypothèses invérifiables, et le défaut n’apparaît qu’au moment de l’analyse. Le cadrage détaillé se trouve dans notre guide pour formuler la question de recherche et l’objectif d’étude.

Formuler une hypothèse : les quatre étapes

Formuler une hypothèse tient en quatre étapes : délimiter la question de recherche, dépouiller la littérature, nommer les variables, puis écrire la phrase conditionnelle et la soumettre au test de réfutabilité.

L’ordre pèse plus lourd qu’il n’y paraît. Commencer par la formulation produit des phrases élégantes sur des objets que rien ne permet ensuite de mesurer. Une hypothèse solide se construit à rebours : d’abord la relation supposée, ensuite les variables, la langue en dernier.

Le fil rouge de cet article est un mémoire de licence en sciences sociales portant sur le lien entre usage des réseaux sociaux et sentiment de solitude chez les jeunes adultes. Le même exemple revient aux quatre étapes, pour rendre visible le passage d’un intérêt large à une affirmation vérifiable.

Étape 1 : délimiter la question de recherche jusqu’à ce qu’elle devienne mesurable

Au départ se trouve une question encore trop vaste. « Quel effet les réseaux sociaux ont-ils sur les jeunes ? » ne se collecte pas, parce que ni « effet » ni « jeunes » ne sont définis. Délimite donc l’objet, le groupe et la période jusqu’à ce que la question tienne en une phrase : « La durée quotidienne d’usage des réseaux sociaux est-elle liée au sentiment de solitude déclaré par les étudiants en licence ? »

Étape 2 : dépouiller la littérature et choisir une théorie

Une hypothèse ne sort pas de l’intuition, mais de la littérature. Cherche un modèle qui a déjà expliqué ton objet, parce que ta direction de mémoire demandera précisément pourquoi tu supposes cette relation-là. Pour l’exemple, la théorie de la cultivation de George Gerbner offre un appui solide. Dériver l’hypothèse d’une théorie ou la construire à partir d’observations décide par ailleurs si ta démarche est déductive ou inductive.

Étape 3 : nommer les variables et les rendre mesurables

Chaque hypothèse a besoin d’au moins deux variables collectables. Nomme d’abord ce que tu supposes être le facteur d’influence (= la variable indépendante), puis ce qui devrait varier avec lui (= la variable dépendante). Pour l’exemple, la durée quotidienne d’usage est la variable indépendante et le sentiment de solitude la variable dépendante.

Reste à savoir avec quelle question de ton questionnaire tu comptes saisir chacune des deux. L’Insee mesure par exemple l’isolement relationnel par la fréquence des contacts : selon l’Insee Première n° 1770 de septembre 2019, 3 % des personnes de 16 ans ou plus n’ont au plus qu’un contact par mois avec leur famille et leur entourage. Une définition de ce type sert de point d’appui à ta propre mesure.

Étape 4 : écrire la phrase conditionnelle et la relire

La langue vient en dernier. Mets les deux variables dans une phrase « si… alors » ou « plus… plus » et annonce le sens de la relation supposée : « Plus la durée quotidienne d’usage des réseaux sociaux est élevée, plus le sentiment de solitude déclaré par les étudiants en licence est fort. »

Relis ensuite la phrase avec une seule question en tête : quel résultat de mesure la ferait tomber ? Si une réponse te vient, tu tiens une hypothèse. Sinon, tu tiens une opinion, et une opinion ne se teste pas.

Les quatre étapes pour formuler une hypothèse dans un mémoire de licence ou de master

Le bénéfice de cette méthode apparaît au moment de rédiger la partie méthodologique : la justification de tes hypothèses est déjà écrite, puisqu’elle vient de l’état de l’art et non d’une reconstruction après coup.

Les types d’hypothèses et la façon de les écrire

Les hypothèses se répartissent selon la relation qu’elles annoncent : une hypothèse d’association relie deux mesures qui varient ensemble, une hypothèse de différence compare deux groupes, une hypothèse causale attribue un effet à un facteur.

Le choix de la forme dépend de la façon dont tes variables sont mesurées. Deux catégories ou une réponse par oui ou non appellent la forme « si… alors ». Une échelle ou une valeur chiffrée appelle la forme « plus… plus », qui rend la gradation visible. Aucune des deux formes n’est plus scientifique que l’autre.

Type d’hypothèseÀ quoi tu la reconnaisExemple
Hypothèse d’associationdeux mesures montent ou descendent ensemblePlus l’usage quotidien est long, plus la solitude déclarée est forte
Hypothèse de différencedeux groupes sont comparésLes étudiants de première année utilisent les réseaux plus longtemps
Hypothèse causaleun facteur produit un effetLe tutorat réduit le taux d’abandon en première année

Une seconde distinction traverse la première, et la soutenance y revient souvent. Une hypothèse orientée annonce le sens de la relation, une hypothèse non orientée affirme seulement qu’une différence existe. Les hypothèses orientées disent davantage parce qu’elles risquent davantage, et elles s’imposent dès que l’état de l’art indique un sens.

Une confusion revient régulièrement dans les mémoires. Une hypothèse d’association annonce un lien, pas une cause. Le tutoriel de l’Inspé de l’université Grenoble Alpes le formule sans détour au sujet de la corrélation : elle permet de déterminer si deux variables varient ensemble ou en sens opposé, « sans qu’on puisse déterminer, avec cette méthode, un lien de cause à effet ». Une véritable affirmation causale suppose un design d’étude causal, et une enquête en ligne menée une seule fois ne le fournit pas.

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À quoi reconnaît-on une bonne hypothèse ?

Une bonne hypothèse remplit cinq critères : elle dépasse le cas particulier, nomme au moins deux variables mesurables, prend la forme d’une phrase conditionnelle, ne contredit aucune de tes autres hypothèses et peut être réfutée par des données.

Le dernier critère est le plus important, et le plus souvent mal restitué. Réfutable ne veut pas dire « on peut la confirmer ou l’infirmer ». Réfutable veut dire qu’il existe un résultat de mesure concevable qui ferait tomber l’hypothèse. Karl Popper a introduit ce critère dans « La logique de la découverte scientifique » pour séparer les énoncés scientifiques des autres.

Le test tient en une minute. Demande-toi, pour chacune de tes hypothèses : quel résultat devrais-je lire dans mes données pour abandonner cette affirmation ? Faute de réponse, tu n’as pas formulé une hypothèse mais une conviction. L’Inspé de l’université Grenoble Alpes range d’ailleurs cette exigence parmi les critères d’une hypothèse opérationnelle, dont la formulation doit laisser la place à une possible non-confirmation.

Cinq points à vérifier avant de rendre tes hypothèses :

  • L’affirmation vaut au-delà de ton cas particulier.
  • Les deux variables se mesurent avec ton instrument de collecte.
  • La phrase a la forme « si… alors » ou « plus… plus ».
  • Tes hypothèses ne se contredisent pas entre elles.
  • Un résultat qui réfuterait l’hypothèse peut être nommé.

💡 Conseil

Notre conseil de lecture pour la partie méthodologique : Van Campenhoudt, Luc, Marquet, Jacques et Quivy, Raymond (2022) : Manuel de recherche en sciences sociales. 6e édition. Armand Colin, Paris. Les chapitres « La problématique » et « La construction du modèle d’analyse » sont l’endroit où appuyer la dérivation de tes hypothèses.

Combien d’hypothèses faut-il, et où les placer ?

Deux à trois hypothèses constituent un repère solide pour un mémoire de licence, et un mémoire de master peut en porter davantage. Seuls le règlement des études de ton établissement et ta direction de mémoire font foi.

Le nombre compte moins que l’ajustement. Chaque hypothèse doit se dériver de la question de recherche, et chacune réclame son propre résultat d’analyse. Poser six hypothèses et ne collecter des données que pour quatre laisse dans la partie résultats des trous que le jury repère immédiatement.

Aucune règle générale ne fixe l’emplacement, mais deux plans se sont imposés. Le bon choix dépend du moment où tes hypothèses sont nées. Dérivées de la littérature, elles se placent après l’état de l’art. Arrêtées dès le début de ta réflexion, elles peuvent apparaître plus tôt.

Plan 1, hypothèses dérivées de la littérature

  1. Introduction avec la question de recherche
  2. Cadre théorique et état de l’art
  3. Méthodologie, avec les hypothèses

Plan 2, hypothèses arrêtées dès le départ

  1. Introduction avec la question de recherche
  2. Chapitre propre consacré aux hypothèses
  3. Cadre théorique et état de l’art
  4. Méthodologie

Les deux plans sont admis. Plus important que l’ordre : ton raisonnement doit rester traçable, et le jury de soutenance doit pouvoir reconnaître à chaque page d’où vient une supposition. Notre guide pour rédiger un travail empirique montre comment le tout s’emboîte.

Deux plans possibles pour situer les hypothèses dans un mémoire empirique

As-tu vraiment besoin d’hypothèses ?

Non, tout mémoire n’a pas besoin d’hypothèses. Les hypothèses appartiennent à une démarche de vérification, le plus souvent quantitative, et un travail exploratoire ou qualitatif s’en passe tant que la question de recherche est assez précise.

Une distinction simple gouverne la réponse : une hypothèse suppose qu’il existe déjà quelque chose à vérifier. Le tutoriel de méthodologie de l’Inspé de l’université Grenoble Alpes présente la chaîne problématique, questions, hypothèses comme la démarche « traditionnellement préconisée » dans les manuels, et non comme une obligation. Un travail qui cherche encore à comprendre ce qui se passe n’a rien à vérifier au départ.

La recherche qualitative fonctionne souvent dans l’autre sens, et beaucoup d’étudiants le découvrent tard. Une démarche qualitative produit des hypothèses au lieu de les tester : rien n’est supposé au départ, une supposition apparaît à l’arrivée. Douze entretiens semi-directifs sur la façon dont les étudiants vivent leur temps d’écran donnent une hypothèse dans la partie résultats, pas dans la partie méthodologie. Notre panorama des méthodes qualitatives et quantitatives détaille les deux logiques.

Type de travailHypothèses nécessaires ?Ce qui porte le travail
Enquête quantitative avec ancrage théoriqueoui, deux à trois en généraldérivation à partir de l’état de l’art
Étude exploratoire par entretiensle plus souvent nonquestion précise et guide d’entretien
Travail sur littérature sans collectenonthèse et argumentation cohérente

Le tableau ne remplace pas un rendez-vous avec ta direction de mémoire. Les attentes varient fortement entre la psychologie, les lettres et les sciences économiques, et le règlement des études de ton établissement prime.

⚠️ Attention

Pose la question des hypothèses lors du premier rendez-vous de suivi, pas trois semaines avant le dépôt. Faire passer un mémoire d’une logique exploratoire à une logique de vérification suppose en général une nouvelle collecte de données.

Tester une hypothèse : soutenir, rejeter, jamais prouver

Une hypothèse se soutient ou se rejette statistiquement, mais ne se prouve pas. Un test de signification indique dans quelle mesure tes données s’accordent avec un modèle supposé, et non si ta propre supposition est vraie.

La raison tient à la construction du test. Ce qui est testé n’est pas ta supposition, mais l’hypothèse nulle, c’est-à-dire l’idée qu’aucune relation n’existe. Si le résultat devient assez improbable, tu rejettes l’hypothèse nulle et tu conserves provisoirement ton hypothèse alternative. Rien n’est prouvé pour autant, puisqu’une étude ultérieure sur d’autres données peut conclure autrement.

L’American Statistical Association a fixé ce point en 2016 dans six principes : une valeur p mesure la compatibilité entre des données et un modèle statistique, et non la probabilité que l’hypothèse étudiée soit vraie. Les principes sont disponibles en PDF chez l’American Statistical Association.

Concrètement, pour ta partie résultats :

✓ « La relation entre la durée d’usage et le sentiment de solitude est statistiquement significative. »
✕ « L’hypothèse 1 est prouvée. »
→ Mieux : « Les données soutiennent l’hypothèse 1. Une conclusion sur la cause et l’effet reste impossible avec ce design. »

L’étape que beaucoup sautent : l’opérationnalisation

Entre l’hypothèse achevée et l’analyse se glisse une étape qui décide de la qualité de tout le travail. L’opérationnalisation (= la traduction d’un concept en une règle de mesure concrète) transforme « sentiment de solitude » en une échelle de plusieurs affirmations et « durée d’usage » en une question sur le nombre de minutes par jour. Le caractère vérifiable de ton hypothèse se décide seulement à ce moment-là.

Où poser les questions qui mesurent tes variables

Chaque variable de ton hypothèse a besoin d’au moins une question qui la saisit, et la formulation de cette question pèse autant que le calcul qui suivra. La construction du questionnaire est expliquée pas à pas dans notre guide pour créer un questionnaire, et les critères de qualité d’une mesure dans celui sur l’objectivité, la fiabilité et la validité.

Phase du processus de recherche empirique où les hypothèses sont dérivées de la question de recherche

Respecter cet ordre évite la plus désagréable expérience du processus de recherche : constater, la collecte terminée, que les données ne correspondent pas à l’hypothèse posée.

Les erreurs les plus fréquentes

Les problèmes liés aux hypothèses naissent rarement du calcul et presque toujours de la formulation. Quatre erreurs reviennent assez souvent pour justifier une relecture ciblée avant le dépôt.

Leur point commun tient en une phrase : toutes se corrigent en quelques minutes avant la collecte, et presque jamais après. Voilà la mauvaise et la bonne nouvelle à la fois.

Erreur 1 : l’hypothèse répète la question de recherche

De la question « La durée d’usage est-elle liée au sentiment de solitude ? » sort volontiers l’hypothèse « La durée d’usage est liée au sentiment de solitude. » Même affirmation, un point final à la place du point d’interrogation. Une hypothèse fait davantage qu’une question retournée : elle annonce un sens et affirme donc quelque chose qui peut être faux.

Erreur 2 : une seule variable apparaît dans la phrase

Des phrases comme « Les étudiants utilisent beaucoup les réseaux sociaux » contiennent exactement une caractéristique. Une description reste possible, une vérification non, faute de relation annoncée. Compte donc les variables de chacune de tes hypothèses. Si une seule apparaît, tu as formulé une question descriptive, et sa place est dans la partie résultats, pas parmi les hypothèses.

Erreur 3 : une association devient une cause

« Les réseaux sociaux rendent les gens seuls » annonce un sens d’action qu’une enquête menée une seule fois ne peut pas établir. L’inverse serait tout aussi plausible : les personnes seules passent peut-être plus de temps sur les réseaux. Formule donc une association tant que ton design ne porte pas d’affirmation causale, et signale la limite dans le chapitre consacré aux limites de ton travail.

Erreur 4 : les hypothèses se contredisent entre elles

À partir de trois hypothèses, deux d’entre elles finissent facilement par affirmer le contraire l’une de l’autre, parce qu’elles viennent de théories différentes. Relis donc tes hypothèses d’affilée à la fin. Si deux se contredisent, il faut trancher ou faire de la contradiction elle-même l’objet de ton travail, ce qui donne parfois un très bon sujet.

Conclusion

Une hypothèse n’est pas un ornement de la partie méthodologique, mais l’endroit où ton travail devient attaquable, et telle est précisément sa fonction. Dériver proprement deux ou trois suppositions de l’état de l’art, rendre les deux variables mesurables et écrire honnêtement à la fin ce que les données soutiennent et ce qu’elles ne soutiennent pas : le plus exigeant est alors derrière toi. Une hypothèse qui ne se confirme pas reste un résultat, pas une faute.

Pour aller plus loin


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Questions fréquentes

Deux à trois hypothèses constituent un repère solide pour un mémoire de licence, et un mémoire de master peut en porter davantage. Seul le règlement des études de ton établissement fait foi. Le nombre compte d’ailleurs moins que l’ajustement : chaque hypothèse doit se dériver de la question de recherche et réclame son propre résultat d’analyse.

Non, un mémoire n’a pas obligatoirement besoin d’hypothèses. Les hypothèses appartiennent à une démarche de vérification, le plus souvent quantitative. Une étude exploratoire par entretiens ou un travail sur littérature s’en passent très bien. Le tutoriel de méthodologie de l’Inspé de l’université Grenoble Alpes présente la chaîne problématique, questions, hypothèses comme la démarche traditionnellement préconisée dans les manuels, et non comme une règle.

La problématique, la question de recherche et l’hypothèse forment trois niveaux de précision croissante. La problématique énonce sous forme de question l’écart entre une situation insatisfaisante et une situation souhaitable. La question de recherche délimite ce qui sera mesuré. L’hypothèse annonce le résultat attendu et engage une relation entre au moins deux variables.

Une hypothèse de travail est une supposition provisoire avec laquelle tu démarres ta recherche et que tu peux encore ajuster en cours de route. Dans les manuels de statistique, le terme désigne par ailleurs l’hypothèse alternative, c’est-à-dire la contre-proposition à l’hypothèse nulle. Vérifie auprès de ta direction de mémoire quel sens est attendu dans ta discipline.

Non, une hypothèse se soutient ou se rejette statistiquement, mais ne se prouve pas. Un test de signification porte sur l’hypothèse nulle, c’est-à-dire sur l’idée qu’aucune relation n’existe. L’American Statistical Association a rappelé en 2016 qu’une valeur p mesure la compatibilité entre des données et un modèle statistique, et non la probabilité qu’une hypothèse soit vraie.

Les hypothèses se placent soit dans la partie méthodologie, après l’état de l’art, soit dans un chapitre propre juste après l’introduction. Les deux plans sont admis. Des hypothèses dérivées de la littérature s’accordent mieux avec le premier. Des hypothèses arrêtées dès le départ gagnent à figurer plus tôt, avant le cadre théorique.

La recherche qualitative produit le plus souvent des hypothèses au lieu de les tester. Au départ se trouve une question de recherche ouverte, et l’hypothèse naît du matériau collecté, dans la partie résultats. Une série d’entretiens semi-directifs ne suppose donc rien à l’avance : elle débouche sur une supposition à explorer par des travaux ultérieurs.

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